Christiane Sauri – Sophrologie & Hypnose, Immeuble LE MILLÉNIUM, 8 rue Aristide Boucicaut, ZAC Bonne Source 11100 Narbonne
06 33 30 94 29

Pendant des millions d’années, le souci majeur des êtres humains n’était pas de réduire leur appétit, mais bien de chasser et de stocker ou de cultiver suffisamment de nourriture pour survivre durant les périodes de disette. Notre système de régulation du comportement alimentaire est probablement meilleur pour traquer de la nourriture en cas de faim que pour réprimer notre appétit une fois l’estomac plein. Le cerveau considère comme bénéfique le fait de se nourrir d’aliments très caloriques alors que rien ne laisse présager que la nourriture sera encore disponible. Ce comportement n’est plus adapté à nos sociétés modernes et serait contre-productif dans un monde où la nourriture -notamment celle servie dans les fast-food- est abondante et omniprésente.

Jusqu’au début des années 90, la plupart des gens considéraient l’obésité comme un trouble du comportement : les personnes en surpoids ou obèses manquaient de volonté ou de contrôle de soi, voilà tout. Cette perception a radicalement évolué, du moins au sein de la communauté scientifique.

En laboratoire, des rats se sont vu proposé un accès illimité à des aliments classiques -pour eux- et à côté, un “buffet” de nourritures très caloriques : saucisses, cheesecake, chocolat. Qu’ont-ils fait ? Ils ont vite délaissé les aliments fades, mais sains, pour se jeter sur la “malbouffe”. Et ils sont devenus obèses. Ils ont ensuite été soumis à différents stress : flashs lumineux ou décharges électriques ; lorsqu’ils étaient occupés à manger leur nourriture saine, ils détalaient, effrayés. Obèses et occupés à manger des saucisses ou du chocolat au moment du signal, au contraire, ils ignoraient le danger et finissaient leur repas : la quête du plaisir l’emportait sur leur instinct de survie.

Cette expérience donne des résultats identiques à ceux obtenus lorsque les rats sont sous influence de cocaïne au lieu d’aliments gras et sucrés. D’où la question : les rats sont-ils accros à la malbouffe ? De fait et par comparaison, la majorité des personnes obèses affirment vouloir réduire leur consommation mais se révèlent incapables de s’empêcher de trop manger, malgré les risques qu’ils savent encourir, tant physiques que sociaux.

Premier suspect : les hormones qui régulent l’appétit.

Les chercheurs ont isolé, chez des souris en surpoids, une anomalie génétique dans les cellules graisseuses qui produisent une hormone -la leptine- qui  provoque la satiété. Carencées en leptine, les souris deviennent obèses. Un déséquilibre hormonal peut donc entraîner une surconsommation d’aliments. Mais peu de personnes obèses souffrent effectivement de ce genre de dérégulation : il faut donc aussi chercher ailleurs.

Quand le plaisir l’emporte sur la satiété.

Le concept d’addiction entre alors en jeu. Les hormones de régulation de l’appétit activent ou inhibent différents réseaux de neurones -notamment dans l’hypothalamus- mais aussi sur le circuit cérébral de la récompense, du plaisir et de la motivation -le même qui est activé par l’alcool ou les drogues. Ce qui est bien logique : si vous n’avez pas mangé depuis des heures, vous allez consacrer du temps, de l’argent, ou des efforts, pour obtenir de la nourriture -votre récompense- et elle aura alors du goût.

Normalement, à mesure que l’on mange, l’estomac et les intestins libèrent des hormones de satiété qui diminuent la sensation de plaisir : les interactions hormones-neurones contrôlent donc l’appétit en modulant le plaisir associé à la nourriture. Mais la nourriture “moderne”, très appétissante -en particulier les aliments gras, sucrés, savamment présentés et vendus- est intervenue, activant le circuit de la récompense de façon si intense qu’elle parvient à prendre le dessus sur les mécanismes de satiété. Elle surpasse la leptine et nous invite à manger davantage, même si nous n’avons plus faim. Bien sûr, l’organisme réagit, secrétant de plus en plus d’hormones coupe-faim. Mais à force de les côtoyer, le cerveau apprend à les tolérer de sorte que leur efficacité diminue avec le temps. Plus grave, l’imagerie cérébrale montre que ce dysfonctionnement entraîne une baisse de moral. Alors comment les personnes en surpoids réagissent-elles pour surmonter les soucis ou la déprime du quotidien ? En se réfugiant dans la nourriture, censée leur faire plaisir, d’où le cercle vicieux !

La malbouffe active le circuit de la récompense de façon si intense qu’elle prend le dessus sur les signaux de satiété

Morphine, alcool, sucre, gras : même combat ?

Certaines substances utilisent les mêmes mécanismes que la malbouffe, stimulant le circuit de la récompense ; mais la similitude ne s’arrête pas là. De la morphine injectée dans une partie du cerveau en charge de la “récompense” -le striatum- provoque une fringale chez les rongeurs qui se mettent à dévorer, même s’ils viennent d’être normalement nourris. Ceci suggère que les drogues miment les effets de certains neurotransmetteurs comme les endorphines, qui sont naturellement libérées pour stimuler les comportements alimentaires. On est donc en droit de s’attendre à ce que les molécules qui bloquent l’action des endorphines aient un effet coupe-faim. Et en effet, les rats accros à la malbouffe traités par ces bloquants se sèvrent progressivement.

Un système de contrôle défaillant.

La suralimentation serait donc un comportement adaptatif pour retrouver du plaisir à manger. Souvent les personnes addicts ne savent plus résister à des actes qui leur sont préjudiciables, sans doute parce que le système cognitif qui permet de contrôler et d’éviter les comportements plaisants mais risqués, comme la consommation de nourriture trop riche, ou de drogues, n’est plus efficace. La plupart des scientifiques considèrent donc désormais que l’obésité est souvent due à un puissant désir de satisfaire le centre de récompense du cerveau : les désordres hormonaux et métaboliques qui s’ensuivent seraient donc une conséquence du surpoids,plutôt qu’une cause.

Quelle est la “nicotine de la malbouffe” ?

Plusieurs études donnent du crédit à l’idée que les lipides ou des sucres particuliers seraient responsables de la dépendance à la nourriture. Cependant  la plupart des recherches montrent qu’un ingrédient unique ne peut être à l’origine de comportements addictifs vis à vis de la nourriture. Ce serait plusieurs combinaisons de lipides et de sucres associés à un fort potentiel calorique qui seraient mis en jeu.

Que reste t’il à faire ?

Il est probable que les réseaux activés par la cocaïne et par la nourriture relèvent de mécanismes similaires mais dans des régions distinctes du cerveau. Même si on finit par trouver des traitements, les personnes obèses devront continuer à se battre car nous vivons dans des sociétés où la nourriture malsaine est omniprésente. La première chose à faire serait de ne pas y exposer les enfants.

https://www.cerveauetpsycho.fr/sd/addiction/peut-on-etre-accro-a-la-malbouffe-13255.php

Leave a comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.